Pour une cartographie de l'internet

Publié le par Morgan

 

Cet article entend rompre avec deux stéréotypes sur l’internet, deux mythes fondateurs à l’origine de discours médiatico-idéologico-pourris, la « sociologie de l’internet » et le « village planétaire » au profit d’une approche topographique.

 

A/ POUR EN FINIR AVEC 

 

I/ les « sociologues des medias » ou de la difficulté de faire carrière après avoir raté son DEUG.

 

Bon déjà la sociologie se porte super mal et depuis la mort de Bourdieu on se tape soit des statisticiens obscurs qui étaient super forts à l’exercice « faites une phrase avec le chiffre entouré » au Bac ES soit des faux intellectuels qui font le tour des plateaux télé pour nous expliquer que « tout ça c’est la faute des discriminations » et essayer de vendre leur bouquin aux éditions Albin Michel ( ca marche aussi avec « Odile Jacob ») mais là on atteint des sommets dans le gouffre (si c’est possible).  Le sociologue des medias est en général un universitaire un peu raté dont le complexe d’infériorité le tient éloigné des « milieux académiques légitimes » mais dont l’orgueil le pousse à squatter les émissions télé pour engager des débats passionnés avec une miss France et un footballeur sur « l’influence des films violents sur nos enfants » ou « ce que la téléréalité nous révèle de notre civilisation ». Le sociologue des médias peut être marié à une militante de « UFC Que choisir ». En gros le sociologue des médias c’est tout l’appareil théorique de Georges Chétochine au service du rayonnement du département  de sociologie de l’Université de Santa Cruz. Après avoir épuisé le champ conceptuel des médias traditionnels ces gens là se sont penchés sur l’internet. Et qu’est ce qu’ils nous disent ? Quels sont les résultats de leurs enquêtes, quelle est l’idée révolutionnaire qui va changer notre manière de voir le monde ? Eh bien figurez vous que « l’utilisateur de l’internet est en général jeune, urbain et issu des classes sociales favorisées » et qu’une « utilisation intensive peut entrainer des phénomènes d’aliénation et de désocialisation » . Ah ouais ? PUTAIN MERCI. Chanmé, j’espère que tu touches pas des subventions pour trouver ca.

 

II/ le « village planétaire » ou la ronde de l’amitié tout autour de la terre.

 

Moi j’aime bien l’utopie en informatique quand ca débouche sur le look moitié-nerd moitié-hippy des mecs de google mais quand c’est pour nous vendre la réconciliation des peuples par l’ADSL là je marche plus. Qu’on arrete de nous faire croire que l’internet fait « voyager sans sortir de son fauteuil », qu’on peut « éradiquer les préjugés d’un coup de clic » etc.. Je veux dire, vous vous êtes deja connecté sur le site d’un village sri lankais ? Vous avez deja requesté un enfant somalien sur myspace ? Vous avez deja wizzé un agriculteur brésilien sur msn ? Non, bah moi non plus alors qu’on arrête avec ça. Allez faire un tour vers votre dossier « favoris » et vous verrez que plus de la moitié de vos sites sont français et l’autre moitié américains ou en tout cas occidentaux. (non les sites japonais pour acheter des hoodies all over ca compte pas).

 

B/ CARTOGRAHIE DE L’INTERNET

 

Corrélat immédiat :

 

Oui parce que tout ca c’était pas de la hate gratuite (non non), tout ca est logique.

La géographie est la seule science à pouvoir appréhender l’internet, et la seule meta-théorie à pouvoir produire des résultats intéressants. La seule approche capable d’étudier le support (le réseau et ses flux) et non l’utilisateur (comme le fait la sociologie de l’internet). Ce qu’elle nous révèle c’est que l’internet est un véritable territoire constitué sur le modèle des territoires physiques avec des espaces et des flux, en vertu d’une analogie dont je ne détiens pas les clés pour l’analyser ici.

 

I/ Typologie des territoires numériques et de leurs correspondances physiques.

 

L’œcoumène virtuel peut ainsi décomposé en :

 

  • Villes-nouvelles à l’architecture hyper standardisés et closes sur elles-mêmes incarnées par les blogs, et plus particulièrement skyblog qui reproduit à merveille ce que l’on pourrait qualifier d’ « éthos de Velizy 2 ». (over-blog ca n’a rien à voir, c’est la classe, et blogspot c’est un cas à part, une sorte de rivière qui prend sa source sur myspace et s’écoule dans iTunes)

  • Autoroutes intercontinentales à grande affluence de type « Google » qui reproduit fidèlement l’ambivalence des autoroutes « physiques » alliant l’illusion de la liberté et le recodage systématique (segmentarité dure).

  • Points de rencontres centraux de l’ennui, sortes de parcs d’attraction de dernier instance dont les sites de videos en ligne genre Youtube et Dailymotion sont les parangons. Remarquez comme une bonne « soirées youtube  entre potes » peut aisément remplacer une après-midi loose à Chatelet ou un verre sur la place du marché de n’importe quelle ville de banlieue, avec autant de fun (et une régularité dramatique).
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  • Musées. Je sais ca semble bizarre de voir des musées, soit des lieux de mémoire sur internet, qui est supposé être instantané, immédiat, figé dans un eternel présent mais après tout les divers sites de « reportages de soirées plus ou moins hype » ne font qu’enregistrer les activités des gens de l’internet et les offrir à la contemplation historique.

 

II / Procès de reterritorialisation

 

L’internet ne fait pas que reproduire à l’identique des territoires physiques, il recrée des territorialités flottantes grâce à des codes culturels. Ainsi des sites peuvent se constituer sur la base de goûts musicaux ou sociabilités partagés et réunir des membres des quatre coins du monde.C'est l'une des principales caractéristique du forum musical (qui mériterait un article entier). Par là même le réseau semble à même de gommer les distances physiques et effectivement sceller le mythe de l’effritement des frontières. Seulement (parce qu’il y’a un mais, enfin un « seulement »), loin de célébrer la diversité de ses membres et la richesse de ses origines, ces sites éradiquent au contraire toute évocation des régions d’origine de ses fondateurs au profit d’une neutralité apparente. Et le plus souvent ces sites sont en tension vers le centre culturel le plus proche, et ne font que reproduire le fantasme de la « montée à Paris ».

 

 

Conclusion :

 

Le réseau internet n'est qu'une vaste entreprise de recodage topographique et de reterritorialisation des flux physiques (oui oui). Il n’y a pas de « village planétaire », il n’y a qu’une infinité de « blogs terrestres » et seule la sociologie capillaire de Diane et Fabien pourra sauver les sciences sociales ( I’m the teacher’s pet). Ouais, là je crois que je suis à 100% de mon lifestyle.

Publié dans allthatwewant

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Vincent 19/03/2007 11:20

Le texte (bon) n'excuse pas l'offence faite à Blogspot.

Gallop' 03/02/2007 00:49

Paye ton plan sciences po ahah.

diane 01/02/2007 14:22

Meilleur texte du monde entier de la semaine.